Un mythe décapité qui continue de courir

Pour fêter les cinq ans du mouvement CONJONCTION ou plutôt de ses prémisses fin 2004 avec le premier manifeste de la figuration supra-naïve, nous avons prévu de retracer son histoire, le contexte dans lequel ce mouvement est apparu ainsi que les premières réactions sur différents sites d’art contemporain. Je compte bientôt m’atteler à l’écriture de ce livre mais lorsque je me replonge ne serait-ce que quatre ans en arrière et que je me souviens de ce qui nous était rétorqué lors des débats, je m’aperçois que les idéologies de l’art officiel ont pris du plomb dans l’aile.
On ne nous sort plus Duchamp à tout bout de champ. Nous y avons peut-être un peu contribué mais surtout nous pouvons dire un grand merci à Pinoncelli le profanateur d’urinoirs artistiques.
La peinture qui était censée être morte a été ressuscitée tant bien que mal car elle est toujours considérée comme une possibilité entre autres à la disposition des artistes mais quelle peinture ? Il n’y a pas si longtemps que ça encore des expos de photos d’étudiants des Beaux-arts étaient appelées exposition de peinture ! Quelle subversion !!! C’est à l’image de certains débats de 2006 sur le forum du palais de Tokyo quand les Riches Douaniers voués corps et âmes à l’image numérique nous expliquaient avec suffisance la morale artistique de l’époque reléguant a passé l’idée même d’acquérir une oeuvre d’art et nous ringardisant d’avance.
Aujourd’hui je découvre que l’école des Beaux-arts de Bordeaux expose ses diplômes et organise une vente aux enchères et il est fort probable qu’il y ait des peintures. Les temps changent dirait-on. Les plus chanceux pourront compter sur leur famille et les relations pour tenter une première cote.
Pour aller au delà des achats de complaisance, il faudrait peut-être penser à expliquer aux gens (qui en ont la possibilité financière) ce qu’il y a de valorisant dans le fait de devenir collectionneur. A la différence de l’Allemagne et de l’Angleterre,
En revoyant ce qui a changé en quatre ans, nous pourrions nous demander ce qui explique que notre peinture ne soit pas plus en vue. Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? Qu’est-ce qui fait encore obstacle ?
Le premier obstacle est politique : Les milieux de l’art officiel ne pensent pas les choses en termes artistiques, ne regardent pas ce que dit une oeuvre mais tentent de cibler un profil d’artiste malléable selon les tendances du moment. Bien entendu il faut que l’artiste soit jeune ; les institutions ont tellement à faire pour tenter « d’insérer professionnellement » les diplômés de Beaux-arts qu’elles ne vont pas s’embarrasser avec des artistes quinquagénaires qui ont vraiment des choses nouvelles à exprimer dans l’art. L’insertion
professionnelle des artistes est une invention perverse des instances politiques qui ne comprennent rien à l’art. Loin de créer une émulation pour donner aux jeunes artistes l’envie d’aller dans la nouveauté elle aggrave un peu plus la situation. Nous ne pouvons donc pas compter sur les institutions sauf quand ça deviendra tendance de s’intéresser aux vieux artistes qu’elles auront contribué à laminer.
Le deuxième obstacle est économique : Nous n’avons ni argent ni relations pour avoir quelque chance d’intéresser une galerie en vue . L’absence de soutien institutionnel ne pourrait être compensée par des garanties que nous pourrions donner à une galerie pour l’encourager à nous exposer. Le temps n’est plus aux découvreurs risquant leur chemise pour lancer un artiste auquel il croient.
Le troisième obstacle est idéologique. Si la peinture est de mieux en mieux tolérée, il n’est lui toujours pas autorisée de s’inscrire dans la continuité de l’histoire. Pour les contrevenants c’est le tollé ou l’indifférence militante . Le mythe de la fin de l’histoire ne fait plus recette mais il est un peu comme une poule qui continue à courir lorsqu’elle est décapitée. Quand la machine idéologique est lancée, il ne suffit hélas pas de comprendre que l’on était dans l’erreur pour tirer les conclusions qui s’imposent afin de rectifier le tir.
Dans ce contexte, la partie semble loin d’être gagnée pour nous. Pas si sûr ! Une révolution des esprits est en marche parce qu’elle est nécessaire à la survie de l’humanité.
Bannir toute idée de progrès dans l’art, toute évolution des concepts en peinture c’est tout simplement bannir l’avenir . Lorsque l’inventivité humaine est verrouillée comme on a tenté de museler la création artistique il ne reste que qu’une logique économique implacable qui broie les hommes : chacun sait qu’elle devra ouvrir des brèches pour laisser passer l’humain. Dans le domaine artistique ceci consistera à réhabiliter l’impérieuse nécessité de l’avant garde dont le mouvement CONJONCTION fait partie.
Georges Koutsandréou 2009 ” moineaux 60×51 peinture reflet de lumière








